6473 Act Up | Spinoza, mon ami

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Spinoza, mon ami
Comprendre, juger, déplorer ou rire ?
Actu | Associatif | sida | 27.09.2015 - 14 h 27 | 3 COMMENTAIRES
Autotests du VIH : à quoi joue le SJBM ?

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Le syndicat des jeunes médecins biologistes (SJBM) est, avec d’autres syndicats de la même profession, parti en guerre contre les autotests du VIH, un dispositif pourtant indispensable pour réduire l’épidémie cachée et compléter l’offre de dépistage. Qu’on s’inquiète de ce nouveau dispositif qui tranche avec ce qui se faisait avant, quand on ne connaît pas tous les enjeux, quoi de plus légitime? Mais qu’on se positionne comme pionnier et « lanceur d’alerte » alors qu’on n’ a pas travaillé sur le sujet, alors qu’on n’a pas participé aux dialogues avec les chercheur-ses et les associations, alors qu’on refuse de prendre en compte l’expertise associative qu’on disqualifie du haut d’un savoir non maîtrisé ; qu’on véhicule, alors qu’on est médecin, des peurs irrationnelles et qu’on mésuse de résultats scientifiques, voilà qui n’est plus légitime. (suite…)

Non classé | 29.06.2014 - 18 h 15 | 4 COMMENTAIRES
45, rue Sedaine : mon LAUP à moi

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Ceci est un témoignage et un appel à témoignages. Alors qu’Act Up-Paris déménage des bureaux qu’elle a occupés deux décennies, faisons part de nos souvenirs sur ce LAUP : Local d’Act Up-Paris.

Un lieu nous hante autant que nous le hantons.

Ce dimanche, à 11 heures, je suis parti pour la dernière fois du local d’Act Up-Paris, au 45 rue Sedaine, à Paris, entre Bastille et Voltaire. Pour la dernière fois, car l’association déménage. Je suis venu chercher quelques souvenirs, regarder les lieux pour la dernière fois. J’ai beaucoup pleuré.

C’est le LAUP, le Local d’Act Up-Paris.

Je suis arrivé dans ce local en octobre 1998. Les députéEs PS avaient déserté les rangs de l’Assemblée nationale pour le vote du Pacs, permettant à la droite, dont Christine Boutin, de faire annuler le projet de loi. J’avais couru après la manif qu’Act Up avait improvisée le jour même, sans jamais l’atteindre. Le mardi suivant, j’étais à l’école des Beaux-Arts pour la Réunion hebdomadaire (RH). Le samedi suivant, je venais au local pour aider à faire la banderole. Le responsable de la confection de la banderole m’a dit que j’avais de l’avenir dans cette association, mais que s’il me voyait approcher une des ces banderoles, il hurlerait.

Ma première réaction a été l’étonnement devant la taille des lieux, et leur configuration : le local fait le tour d’une vaste baie qui surplombe la cour intérieure. Quand vous rentrez, un comptoir, derrière lequel il n’y a personne, sauf les jours des permanences d’accueil pour les droits sociaux. Trois salles immenses s’enchaînent : accueil, « convivialité », « salle de réunion » « salle de CC ». Ensuite, un long couloir qui enchaîne quatre angles droits avant de revenir à la salle d’entrée. De ce couloir, on peut entrer dans une flipotée de bureaux séparés le plus souvent de lui par une paroi transparente. Au troisième angle droit, un coin cuisine / WC / salle de bains qui permet aussi la préparation du matériel militant (notamment la colle ou le faux sang).

Pour ma part, le lieu le plus improbable a toujours été la salle de convivialité, cette grande salle dans laquelle on entrait juste après l’accueil. Improbable, parce qu’à la fin des années 90, des militantes malicieuses avaient décidé de la décorer en collant toutes les affiches d’Act Up. Et que depuis, pour chaque nouvelle affiche, la surface de mur diminuant, la question a aussi été de savoir sur quelle affiche ancienne coller.

Ce local, j’y ai été sans cesse en 2000-2001, en tant qu’objecteur de conscience embauché par l’association. J’y ai ensuite passé, deux-trois jours par semaine, pendant une dizaine d’années. Je dois être le seul militant à ne pas y avoir baisé.

Il a fallu le défendre, ce local, notamment face à certains financeurSEs qui dès le début des années 2000, trouvait qu’il coûtait trop cher. Bien sûr, 7000 euros par mois, c’est une somme. Mais par rapport à la surface, par rapport à l’emplacement central, par rapport à ce que nous y faisions, le travail fourni, l’accueil d’autres structures, etc : la somme était ridicule.

C’est un lieu d’engueulades, bien plus fortes que, par exemple, celles qu’il pouvait y avoir en RH dans l’amphithéâtre des Beaux-Arts. C’est un lieu de drague (et plus si affinités, quand les bureaux ferment à clé). C’est un lieu de mémoire et d’archives (à ma connaissance, Act Up-Paris est la seule association avec ce budget qui avait une surface capable d’entreposer 25 ans de documents). C’est un lieu de fêtes, celles qu’on faisait pour l’association, celles qu’on improvisait après une réunion, qu’on organisait après un enterrement, etc. C’est un lieu d’accueil, de réunions interassociatives. C’est un lieu de travail, de travail militant, un lieu de débat où on se pose sans cesse la question de ce qui est du travail et du militantisme.

C’est un lieu de lutte, la lutte contre le sida. C’est un lieu de deuil et d’inquiétude : occuper ces locaux après les morts de militantEs qui l’avaient beaucoup fréquentéEs, venir y travailler car on s’inquiète d’unE actupienNE à l’hosto pour une urgence, tout cela est un combat à part entière, pas de ceux qu’on porte auprès des pouvoirs publics et des financeurs, mais qu’on aimerait tant qu’ils prennent en compte. Tous ces souvenirs, tous ces fantômes appartiennent à ce lieu.

Près de 16 ans après, et même si je l’ai beaucoup moins fréquenté depuis un an, ce lieu me hante autant que je l’ai hanté.

Ce déménagement est un nouveau départ pour l’association. Le nouveau local est beaucoup plus petit, mais il a plein de place pour les fantômes et les souvenirs, et ce serait dommage que les militantEs d’aujourd’hui ne les embarquent pas avec eux/elles. Ce serait dommage, parce que si les fantômes et les souvenirs sont pesants quand on ne sait pas faire avec, ils sont par ailleurs indispensables et très utiles dès lors qu’on a bien négocié avec eux. Pour bien négocier avec, il faut être nombreuxSEs.

D’où la proposition : en commentaire de ce blog, chacun laisse un, deux, trois souvenirs, autant qu’il en voudra, liés au LAUP, 45 rue Sedaine, Paris 11ème. Des souvenirs liés à ce lieu. Donc, c’est à vous.

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