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Spinoza, mon ami
Comprendre, juger, déplorer ou rire ?
Actu | Associatif | 30.07.2015 - 18 h 30 | 8 COMMENTAIRES
Sida, anticapitalisme et fatalité : à propos d’un article de Révolution permanente

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Militant de la lutte contre le sida à Act Up-Paris entre 1998 et 2013, pédé, séronégatif, cis, j’ai lu avec perplexité le texte « « Sida. Épidémie meurtrière du capitalisme » publié sur le site Révolution permanente. Sous prétexte d’une analyse de l’épidémie de sida d’un point de vue anti-capitaliste, et du fait d’erreurs factuelles ou de simplifications, on y stigmatise les travailleuses du sexe, relaie le discours de l’industrie pharmaceutique sur les médicaments génériques, invisibilise les luttes des personnes séropositives, notamment les femmes, passe sous silence la situation des trans ou les usagErEs de drogues, propage des approximations ou des contre-vérités sur les campagnes et les actions de prévention, de dépistage, sur l’épidémiologie ou sur le combat contre les brevets.

La critique qui suit est un appel au respect des malades et des minorités touchées par l’épidémie, qui n’ont pas attendu que l’extrême-gauche s’intéresse à leur situation pour développer une critique du capitalisme. C’est aussi un appel à respecter leur combat et à ne pas tourner en dérision leur victoire.

Ni la lutte contre le sida, ni la lutte contre le capitalisme – à plus forte raison si on pense comme moi que les deux combats sont liés – ne gagneront à des discours fondés sur une connaissance partielle de l’épidémie du VIH et des luttes que l’épidémie a engendrées. Bien au contraire, un discours de surplomb sur le VIH, sans prise avec les luttes concrètes menées ne peut qu’entretenir l’idée de fatalité, celle de l’épidémie, celle du capitalisme.

(suite…)

Non classé | 19.12.2014 - 18 h 54 | 0 COMMENTAIRES
Pourquoi les LGBT et la lutte contre le sida doivent soutenir la Quadrature du Net

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Association défendant nos droits sur Internet, la Quadrature fermera ses portes si elle ne trouve pas au minimum 45 000 euros d’ici 15 jours. Les questions de nos droits sur le net concernent tous les citoyen-nes. Mais nous, LGBT luttant pour nos droits et contre les discriminations, ou encore militantEs de la lutte contre le VIH/sida, défenseurs de droits de populations particulièrements vulnérables – les usagErEs de drogues, les travailleursSEs du sexe ou encore les prisonniErEs, avons un intérêt tout particulier à suivre les combats de cette association pour un internet neutre et respectueuse de la parole de tous et toutes.

Page de don à la quadrature du net : suivez le lien.

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Parmi les combats de la Quadrature, il y a la défense de la neutralité du net, la défense de la vie privée et le combat contre la censure. Ce sont autant de combats sont indispensables aux LGBT et à la lutte contre le sida.

Voulons-nous d’un internet régulé par les fournisseurs d’accès qui décident d’accorder un plus haut débit, donc plus de moyens et de rapidité d’expression, à certains groupes ? Aux industriels du médicament plutôt qu’aux associations de lutte contre le sida, à des groupes homophobes financés par les réactionnaires les plus riches plutôt qu’à des structures LGBT disposant de peu de moyens ?

Voulons-nous d’un système d’échange de données qui ne protège pas notre vie privée, par exemple qui permette à nos employeurSEs d’avoir accès à notre état de santé ?

Voulons-nous d’un internet soumis à la censure, celle des états – prenons les exemples les plus évidents de la Russie ou de la Chine qui interdisent des sites LGBT, ou encore des sites d’info pour usagErEs de drogues ? En France, les parlementaires viennent de voter une loi des plus dangereuses en matière de censure sur le net, qui permet le blocage de site sous couvert de lutte contre le terrorisme. Et qu’en sera-t-il bientôt quand on interdira au nom de la défense de la famille ou de l’enfant des sites LGBT ou de prévention du sida – parfois déjà filtrés dans les établissements scolaires ?

Enfin, la Quadrature veille aux traités internationaux qui menacent nos droits fondamentaux. Ce sont souvent les mêmes qui mettent en péril l’accès aux traitements partout dans le monde, en bloquant la circulation des médicaments génériques et en imposant des prix exorbitants aux médicaments vitaux. C’est la raison pour laquelle Act Up-Paris et la QDN ont travaillé ensemble dans le combat contre le traité ACTA.

Pour toutes ces raisons, les LGBT et les acteurRICEs de la lutte contre le sida ne peuvent pas laisser tomber la Quadrature du Net. Il est indispensable de la soutenir. En faisant maintenant un don, les personnes imposables peuvent le déduire de leur déclaration fiscale. L’association donnera votre nom à un pixe – encore mieux que son nom à une étoile- et vous recevrez un pi-plôme personnalisé.

Au-delà des questions financières, il est indispensable que nous nous approprions ces combats, qui résonnent avec les nôtres : pour la libre expression, pour l’émancipation, pour le partage, qu’il soit des connaissances, des techniques ou encore de l’innovation thérapeutique.

Bonnet | Figaro | Hocquenghem | Non classé | sida | 19.07.2014 - 19 h 59 | 20 COMMENTAIRES
Marie-Josèphe Bonnet, le sida et la subversion

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Marie-Josèphe Bonnet a milité au MLF, a participé à la création du FHAR et des Gouines Rouges.

Elle sort un livre Adieu les rebelles (dont on peut voir cette présentation sur le site de l’intéressée). Dans une interview au Figarovox, elle fait part de ses critiques sur les revendications actuelles du mouvement LGBT, du mariage pour tous à la PMA. Elle le fait au nom d’un discours marxiste, de gauche, dans lequel on peut lire les expressions « lutte des classes », « subversion », etc.

Là, maintenant, je veux juste parler de la représentation du sida que Marie-Josèphe Bonnet propose aux lecteurRICEs du Figarovox dans son interview.

A la question qui lui est posée :

« Vous dénoncez la mainmise des «gays» sur le mouvement homosexuel, qui lui auraient imposé un tournant consumériste et bourgeois… »,

Bonnet répond :

« C’est effectivement le constat que je suis obligée de dresser. La cause homosexuelle est gagnée par une sorte d’idéal néolibéral qui l’amene à tourner le dos à l’idéal de changement social des années 1970.

Les principaux leaders de la cause gay se sont coupés de la contre culture émancipatrice. Décimée par l’hécatombe du sida dans les années 1990, la communauté homosexuelle a perdu ses esprits les plus vifs, les plus subversifs, les plus critiques (je pense bien sûr à Guy Hocquenghem). La subversion homosexuelle qui s’exprimait dans une contre-culture originale à travers la danse, la littérature, s’est transformée aujourd’hui dans une revendication petite bourgeoise d’un droit au mariage et à la famille qui pousse à devenir «comme tout le monde». Autrement dit à rentrer dans le modèle dominant. »

Bonnet ne parle du sida que pour regretter ce qu’elle estime être un coup d’arrêt d’une contre culture subversive ; la mort de têtes pensantes dont elle estime qu’ils et elle n’auraient pas approuvé les luttes actuelles pour l »égalité et ne nomme bien sûr qu’une seule personne, Hocquenghem. Je ne sais pas, moi, comment auraient évolué les positions de Guy Hocquenghem, mort en 1988, sans avoir connu, par exemple, Act Up-Paris, créée en 1989 ; Bonnet, elle semble en être sûre : si elle a le pouvoir de parler à la place des morts, qu’elle le partage.

 Ce qui est sûr, c’est que c’est aussi la lutte contre le sida qui a imposé les luttes pour l’égalité des droits que conteste autant Bonnet dans son interview au Figaro.

Bien évidemment, on peut trouver « subversif » que des pédés se fassent jeter par un propriétaire d »un appartement parce que leur compagnon, titulaire du bail, vient de crever du sida, que rien dans le bail du loyer ne vous permet de le récupérer contrairement aux couples hétéros, que non seulement la famille de votre mec vous refuse l’accès à l’enterrement, mais aussi vous arrache tous vos biens parce qu’ils se trouvaient dans l’appartement. Face à ce problème, comment Guy Hocquenghem aurait répondu ? Vu que Bonnet semble avoir une connexion directe avec ce mec, même s’il est mort, autant qu’elle nous en fasse part, non  ?

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autre de ce que le sida a amené comme changements par rapport aux luttes du FHAR, des gazolines et autres.

Quand Bonnet parle au Figaro de sida, ce n’est pas pour évoquer toute cette histoire et permettre de comprendre en quoi l’arrivée du VIH a historiquement changé les combats ; c’est juste pour dire que l’épidémie l’a privé d’un témoin qui, selon elle, auraient dénoncé les revendications actuelles des groupes LGBT.

Cette utilisation du sida et de ses morts est abjecte, et Bonnet doit s’en excuser.

Non classé | 29.06.2014 - 18 h 15 | 4 COMMENTAIRES
45, rue Sedaine : mon LAUP à moi

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Ceci est un témoignage et un appel à témoignages. Alors qu’Act Up-Paris déménage des bureaux qu’elle a occupés deux décennies, faisons part de nos souvenirs sur ce LAUP : Local d’Act Up-Paris.

Un lieu nous hante autant que nous le hantons.

Ce dimanche, à 11 heures, je suis parti pour la dernière fois du local d’Act Up-Paris, au 45 rue Sedaine, à Paris, entre Bastille et Voltaire. Pour la dernière fois, car l’association déménage. Je suis venu chercher quelques souvenirs, regarder les lieux pour la dernière fois. J’ai beaucoup pleuré.

C’est le LAUP, le Local d’Act Up-Paris.

Je suis arrivé dans ce local en octobre 1998. Les députéEs PS avaient déserté les rangs de l’Assemblée nationale pour le vote du Pacs, permettant à la droite, dont Christine Boutin, de faire annuler le projet de loi. J’avais couru après la manif qu’Act Up avait improvisée le jour même, sans jamais l’atteindre. Le mardi suivant, j’étais à l’école des Beaux-Arts pour la Réunion hebdomadaire (RH). Le samedi suivant, je venais au local pour aider à faire la banderole. Le responsable de la confection de la banderole m’a dit que j’avais de l’avenir dans cette association, mais que s’il me voyait approcher une des ces banderoles, il hurlerait.

Ma première réaction a été l’étonnement devant la taille des lieux, et leur configuration : le local fait le tour d’une vaste baie qui surplombe la cour intérieure. Quand vous rentrez, un comptoir, derrière lequel il n’y a personne, sauf les jours des permanences d’accueil pour les droits sociaux. Trois salles immenses s’enchaînent : accueil, « convivialité », « salle de réunion » « salle de CC ». Ensuite, un long couloir qui enchaîne quatre angles droits avant de revenir à la salle d’entrée. De ce couloir, on peut entrer dans une flipotée de bureaux séparés le plus souvent de lui par une paroi transparente. Au troisième angle droit, un coin cuisine / WC / salle de bains qui permet aussi la préparation du matériel militant (notamment la colle ou le faux sang).

Pour ma part, le lieu le plus improbable a toujours été la salle de convivialité, cette grande salle dans laquelle on entrait juste après l’accueil. Improbable, parce qu’à la fin des années 90, des militantes malicieuses avaient décidé de la décorer en collant toutes les affiches d’Act Up. Et que depuis, pour chaque nouvelle affiche, la surface de mur diminuant, la question a aussi été de savoir sur quelle affiche ancienne coller.

Ce local, j’y ai été sans cesse en 2000-2001, en tant qu’objecteur de conscience embauché par l’association. J’y ai ensuite passé, deux-trois jours par semaine, pendant une dizaine d’années. Je dois être le seul militant à ne pas y avoir baisé.

Il a fallu le défendre, ce local, notamment face à certains financeurSEs qui dès le début des années 2000, trouvait qu’il coûtait trop cher. Bien sûr, 7000 euros par mois, c’est une somme. Mais par rapport à la surface, par rapport à l’emplacement central, par rapport à ce que nous y faisions, le travail fourni, l’accueil d’autres structures, etc : la somme était ridicule.

C’est un lieu d’engueulades, bien plus fortes que, par exemple, celles qu’il pouvait y avoir en RH dans l’amphithéâtre des Beaux-Arts. C’est un lieu de drague (et plus si affinités, quand les bureaux ferment à clé). C’est un lieu de mémoire et d’archives (à ma connaissance, Act Up-Paris est la seule association avec ce budget qui avait une surface capable d’entreposer 25 ans de documents). C’est un lieu de fêtes, celles qu’on faisait pour l’association, celles qu’on improvisait après une réunion, qu’on organisait après un enterrement, etc. C’est un lieu d’accueil, de réunions interassociatives. C’est un lieu de travail, de travail militant, un lieu de débat où on se pose sans cesse la question de ce qui est du travail et du militantisme.

C’est un lieu de lutte, la lutte contre le sida. C’est un lieu de deuil et d’inquiétude : occuper ces locaux après les morts de militantEs qui l’avaient beaucoup fréquentéEs, venir y travailler car on s’inquiète d’unE actupienNE à l’hosto pour une urgence, tout cela est un combat à part entière, pas de ceux qu’on porte auprès des pouvoirs publics et des financeurs, mais qu’on aimerait tant qu’ils prennent en compte. Tous ces souvenirs, tous ces fantômes appartiennent à ce lieu.

Près de 16 ans après, et même si je l’ai beaucoup moins fréquenté depuis un an, ce lieu me hante autant que je l’ai hanté.

Ce déménagement est un nouveau départ pour l’association. Le nouveau local est beaucoup plus petit, mais il a plein de place pour les fantômes et les souvenirs, et ce serait dommage que les militantEs d’aujourd’hui ne les embarquent pas avec eux/elles. Ce serait dommage, parce que si les fantômes et les souvenirs sont pesants quand on ne sait pas faire avec, ils sont par ailleurs indispensables et très utiles dès lors qu’on a bien négocié avec eux. Pour bien négocier avec, il faut être nombreuxSEs.

D’où la proposition : en commentaire de ce blog, chacun laisse un, deux, trois souvenirs, autant qu’il en voudra, liés au LAUP, 45 rue Sedaine, Paris 11ème. Des souvenirs liés à ce lieu. Donc, c’est à vous.

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